#RapDeal : Les featurings, comment ça marche ?

par Florian
3 janvier 2023

Avec #RapDeal, notre agence 135 MÉDIA met à profit son expérience pour présenter les coulisses du monde du rap. Après vous avoir expliqué les agrégateurs, les éditions et la SACEM ou encore les marques et le rap, notre émission de vulgarisation de l’industrie musicale est de retour !

Le développement de la carrière d’un artiste passe par plusieurs points clés.  Après avec expliqué le rôle d’un label ou encore celui des éditeurs, on va parler du fonctionnement des featuringss ! Est-ce que les labels payent les feats en France, le partage des revenus en éditions, le fonctionnement avec les rappeurs US et pourquoi on autant de collab dans le rap FR ?

(Lien de la vidéo)

 

1/ Les labels payent les feats en France ?

Contrairement à la croyance populaire, les featurings dans le rap ne sont pas payants en France, en tout cas pas comme on l’entend. Le label de l’artiste va bien payer le feat mais en pourcentage. Dans la plupart des cas un contrat de featuring comprend :

Un cachet : Souvent le minimum légal (soit une centaine d’euros) pour la participation de l’artiste à l’enregistrement, idem pour sa participation au clip.

Un pourcentage de royalties : Qui va être déduit de la rémunération de l’artiste principal, en général un feat prend entre 4 et 6% du morceau. Plus son implication est grande sur le titre (s’il participe au refrain par exemple) plus on va se rapprocher de la moitié du taux de l’artiste principal, qui du coup touchera la moitié restante.

Une avance : Il arrive que le label soit amené à verser une avance sur la part de revenus de l’artiste pour un featuring. C’est assez rare car ça revient un peu à « payer » son feat alors que les artistes sont souvent proches Il existe d’autres éléments de négociation comme le fait de participer au clip, d’accepter le Primary Artist (le fait qu’un morceau apparaisse sur son profil en streaming), les redevances sur les droits secondaires et de diffusion, les abattements… Le label de l’artiste va aussi généralement rémunérer le label du feat en lui donnant un pourcentage des revenus du titre (dit « overrides ») en échange de son autorisation (appelé dérogation d’exclusivité). Sur les exploitations principales on est en moyenne à 2-3%, et si l’artiste a une avance son label va probablement aussi en demander une.

 

On a parlé du cas d’un featuring entre deux artistes, s’il y’a plus d’artistes sur le titre, c’est la même logique mais en divisant les montants. On a parlé de la majorité des cas, il existe bien entendu des spécificités pour chaque feat ! Par exemple un artiste ou son label peuvent demander un flat dans certains cas (là on peut parler de featuring payant) ou de co-produire le titre en question. Mais ça va correspondre à une minorité de cas.

 

2/ Les éditions pour les feats comment ça marche ?

On a parlé de la partie master, gérée par le label. Mais si jamais l’artiste invité écrit une partie du texte, ou compose une partie de l’instru ou de la topline, il va aussi avoir le droit à une part d’édition.

 

Sur la partie éditions c’est assez simple, on va valoriser le travail de chacun et faire un partage de la part auteur (idem sur la part compositeur quand c’est le cas). En général 12,5% chacun sur les 25% de la part auteur en cas de duo « équitable ». S’ils sont 3 sur le titre, à part égales ça fera 8 et un tiers chacun.

 

Côté éditeur c’est facile, il édite généralement toute la part de son artiste.

 

3/ Et les feats américains ?

Mais quand les rappeurs français collaborent avec des rappeurs américains, un aboutissement pour certains, le fonctionnement est très différent !

 

Attention, on va parler de « vrais feats » quand l’artiste FR va inviter un rappeur américain à poser un couplet inédit sur son morceau. Il existe aussi des remix, généralement motivé par le fait que les radios françaises sont soumises à des quotas de francophonie qui rend plus simple la diffusion d’un morceau US avec un couplet français. Dans ce cas le label US va se rapprocher de sa consoeur française pour trouver un rappeur français intéressés pour faire intégrer un couplet au remix (comme DDG x Koba, ou Gradur et Fetty Wap).

 

Généralement, dans un premier temps, le label français va négocier directement avec le management de l’artiste. Sur le partage des revenus c’est assez classique : la moitié des éditions et la moitié de la part artiste. Mais là où ça se complexifie c’est que les rappeurs US vont demander un « fee ». Un flat, un montant fixe non remboursable, qui va correspondre à des « missions » : enregistrement du morceau, participation au clip, follow de l’artiste, repartage du morceau ou clip sur les réseaux. Et le label français va définir un calendrier de paiement par rapport à ces actions, par exemple : 50% à la signature, 25% à la réception des voix, 25% au tournage du clip.

 

Une fois que les conditions sont validées avec l’artiste US, il faut obtenir l’autorisation de son label, le « waiver », un document qui certifie que le label valide la sortie du morceau et renonce à toutes poursuites. Mais le label peut aussi demander un flat pour cette autorisation, ça nécessite donc une nouvelle négociation, même si certains feats se contentent de l’accord de l’artiste.

 

Faire un feat avec un rappeur US est un investissement qui coûte cher, pas toujours rentable, mais sont aussi des « kiffes persos » de la part des rappeurs français.

 

4/ Mais pourquoi tout le monde feat ?

On l’a vu dans cette vidéo, le feat en lui-même finalement rapporte moins d’argent pour l’artiste qu’un morceau solo, vu qu’il va partager grosso modo la moitié de sa rémunération en tant qu’interprète et qu’auteur.

 

Côté rappeur invité, les pourcentage sont « cool » mais pas plus intéressant que de faire son propre morceau. Or à l’heure où est écrit cet épisode 1/3 du top 50 rap FR sur Spotify sont des feats ! Et c’est sûrement ce qui explique l’importance des featurings, à succès équivalent ils sont moins « rentables » pour l’artiste, mais le fait de collaborer donne plus de visibilité aux morceaux, sûrement encore plus au streaming avec l’agrégation des audiences, et ça ça rapporte !

 

C’est la même chose que les YouTubers qui multiplie le feat & fun.

    Laisser un commentaire