#RapDeal : Les avances, comment ça marche ?

par Gabriel
16 novembre 2020

Avec #RapDeal, notre agence 135 Média met à profit son expérience pour présenter les coulisses du monde du rap. Après vous avoir expliqué l’intérêt et l’utilité des labelsle fonctionnement des éditions musicales et de la SACEM, notre émission de vulgarisation de l’industrie musicale est de retour avec une thématique plutôt difficile à comprendre, mais indispensable dans le secteur de la musique, à savoir : les avances

 

Quatrième épisode : Comprendre les avances

Les avances dans la musique sont au coeur de débats et font beaucoup parler les auditeurs de rap, sur les réseaux sociaux notamment. Quand PNL refuse une avance de 3M d’euros de la part d’Universal , est-ce un choix stratégique ? Une erreur ? C’est justement pour aider à la compréhension de ce type d’information que nous avons décidé de consacrer le troisième épisode de #RapDeal aux avances et à leur fonctionnement.

Nous vous invitons vivement à regarder la vidéo cependant, voici un résumé des parties abordées dans cet épisode

 

Les avances en Edition

Afin d’être plus compréhensibles, nous allons commencer par l’avance SACEM, plus « simple » à appréhender. Nous invitons d’ailleurs ceux qui ne l’ont pas encore fait à lire ou visionner notre Rap Deal consacré aux éditions pour une meilleure compréhension.

Lorsqu’un éditeur (UMP, Warner Chappell, Sony ATV…)  signe un auteur, il va l’éditer sur une durée déterminée dans leur contrat, c’est le pacte de préférence (qui est généralement d’une durée de 3 à 5 ans). En échange de ce pacte,  l’éditeur va généralement octroyer une avance des revenus SACEM à l’artiste signé. Pour ce faire, il va essayer d’évaluer les futurs revenus générés par l’artiste durant leur période d’engagement et lui avancer. Cela permet à l’artiste de se concentrer sur sa musique plutôt que de trouver un travail en attendant de toucher ses revenus SACEM. Dans le même temps, une créance SACEM du montant de l’avance octroyée au profit de l’éditeur est signée par l’auteur. C’est une « reconnaissance de dettes » de la part d’un auteur à un tiers auprès de la SACEM. Tous ses premiers revenus SACEM vont rembourser son avance et il commencera à percevoir ses revenus une fois son avance recoupée. Il est très difficile de donner des échelles d’avance, cela va dépendre d’énormément de critères, parmi lesquels :

  • La durée du contrat
  • Le nombre d’éditeur intéressés par le projet
  • Le nombre de morceaux déjà sortis et leur succès potentiel.

Généralement, dans le rap pur, qui a tendance à générer relativement peu de SACEM, un nouvel artiste qui touche une avance de 50 000 euros (pour un pacte de 3-4 ans) peut se targuer d’avoir un « bon deal ». Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas signer sans avance ou avec une plus petite avance, car un éditeur apporte bien plus que de l’argent, à savoir une aide artistique et un réseau. Par ailleurs si vous avez beaucoup d’éditeurs intéressés par votre projet, ou déjà̀ des morceaux diffusés en radio, les avances peuvent s’envoler.

 

Les avances en label

Dans le cas d’un label, il est plus compliqué de comprendre le système d’avance en raison des différents types de contrat.
Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’un artiste, plus ou moins assuré de faire un disque d’or, qui va générer 500.000€ de CA (en partant du principe que chaque CD rapporte 10€ même si, en réalité, ce montant dépendra de la part d’écoutes premium, du prix de gros hors taxe, des singles avant album…).

Voici les différents types de deal qu’un label pourra proposer à l’artiste (encore une fois, c’est un exemple) :

  • S’il opte pour un contrat d’artiste, à 12%, il peut prétendre à une avance de 60.000€ (500 000 x 12%) qui lui servira uniquement pour vivre (et accessoirement payer des impôts)
  • S’il opte pour un contrat de licence, à 30%, il peut prétendre à une avance de 150.000€ qui lui permettra de se rémunérer en tant qu’artiste, de financer l’enregistrement de l’album (y compris la rémunération des beatmakers) et une partie des clips
  • S’il opte pour un contrat de distribution, à 70%, il peut prétendre à une avance de 350.000€ avec laquelle il va tout financer : artiste, enregistrements, clips, promotion et marketing.

Comme pour les éditions, les premiers revenus générés vont venir recouper l’avance à la hauteur du pourcentage prévu dans le contrat. Une fois l’avance recoupée, l’artiste commence à percevoir directement ses revenus SACEM. On ne peut pas comparer les avances entre elles car elles dépendent d’une pluralité de facteurs. Dans notre exemple, le contrat d’artiste ne touche « que » 60.000€, mais l’artiste n’a pas à les réinvestir, c’est sa propre rémunération. Tandis qu’en distribution, l’artiste va réinvestir la majorité́ de la somme dans le projet comme dit plus haut (enregistrements, clips, marketing…).Pour donner une échelle, on peut dire qu’un jeune artiste qui commence à « buzzer » peut espérer atteindre les 50 000€  d’avance en contrat d’artiste, 150 000€ en contrat de licence et 250 000€ en contrat de distribution.

Comme pour les éditions, ces avances sont généralement recoupables mais pas remboursables. Si le projet ne marche pas, l’artiste ou label indépendant n’est pas censé rembourser les pertes.

Les avances bien ou pas ?

Les avances sont quelque chose de nécessaire voire indispensable dans le secteur de la musique. Les revenus arrivant bien plus tard que les dépenses, la plupart des artistes doit percevoir une avance sur ses revenus SACEM pour pouvoir vivre de sa musique. Cependant, plus une avance est élevée et plus elle représente un risque pour celui ou celle qui la donne. Cela se répercute d’ailleurs souvent sur les conditions du contrat (par exemple avec un taux plus faible pour l’artiste ou une durée effective du contrat plus longue). Ce risque explique que peu d’artistes sont signés en distribution car quand une major fait un contrat d’artiste ou de licence, elle engage l’artiste sur plusieurs projets contrairement à la distribution. De ce fait, la major peut se permettre d’octroyer une avance « trop élevée » sur le premier projet d’un artiste tout en misant sur le fait que ce dernier va continuer à grossir (les éventuelles pertes du premier projet seront compensées par les gains des suivants). Cette notion de durée et de risque financier rend les majors très attractives aux yeux des artistes car elles seules ont les fonds nécessaires pour assumer des spéculations élevées sur des artistes (et aussi d’investir des gros budgets sur des projets en développement dans le cadre des contrats d’artistes et de licence). 

Enfin, il est important de rappeler qu’en tant qu’artiste, il est possible de lisser fiscalement ses revenus, on ne prend donc pas de très gros risques fiscaux lorsque l’on touche une très grosse avance. Il en est d’ailleurs de même pour les labels et sociétés, il suffit de jouer avec les produits constatés d’avance.

 

Les avances font fantasmer, en effet elles symbolisent l’aspect business de la musique. Dans les faits elles sont nécessaires à la création, soit pour permettre aux artistes de se concentrer sur leur musique le temps d’évoluer, soit pour permettre aux producteurs indépendants d’avoir la trésorerie nécessaire pour investir dans des projets auxquels ils croient. Cependant attention, les avances ne sont pas pour autant à prendre à n’importe quelles conditions. Cela fait d’ailleurs partie des négociations dans lesquelles nous accompagnons nos clients dans le cadre de notre activité de Business Affairs. 

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