#RapDeal : L’User centric, comment ça marche ?

par Gabriel
18 juin 2021

Avec #RapDeal, notre agence 135 Média met à profit son expérience pour présenter les coulisses du monde du rap. Après vous avoir expliqué le fonctionnement des éditions musicales et de la SACEM, les avances ainsi que les ventes et certifications, notre émission de vulgarisation de l’industrie musicale est de retour avec une thématique plutôt difficile à comprendre, mais qui est au coeur de l’actualité du secteur de la musique, à savoir : l’User centric

Sixième épisode : Comprendre l’User Centric

L’User centric, c’est un nouveau système de rémunération du streaming censé être plus juste pour les artiste. « Censé » car à l’heure d’aujourd’hui, de nombreuses études ont été faites sur le sujet mais elles tirent toutes des conclusions différentes sur l’adoption de ce nouveau modèle.
Dans cet article, nous allons chercher à comprendre, dans un premier temps son fonctionnement, puis les arguments en faveur de ce nouveau modèle et enfin, dans une troisième partie, les conséquences pour le secteur rap.

Nous vous invitons vivement à regarder la vidéo cependant, voici un résumé des parties abordées dans cet épisode

C’est quoi l’User centric ?

L’user centric est un nouveau système de rémunération du streaming censé être plus juste pour les artiste.

Pour simplifier notre explication, nous partirons du principe que 100% du chiffre d’affaires généré par les abonnements est reversé aux artistes. Dans les faits, les plateformes se rémunèrent avec une partie de ce chiffre d’affaires.

Actuellement les revenus liés aux abonnements souscris auprès des plateformes de streaming sont redistribués via un système de pot commun : Le Market Centric.
Pour ce faire, on divise l’ensemble des du C.A généré par les abonnements par l’ensemble des écoutes réalisées par les auditeurs. On obtient alors une rémunération par écoute.

Exemple : Pour un total de 2M d’€ d’abonnements et 200M d’écoutes, chaque écoute sera donc rémunérée 1 centimes (2M/200M).

Cela pose un problème : les gros consommateurs font beaucoup plus d’écoutes, et redistribuent donc plus d’argent alors qu’ils paient le même abonnement que les petits consommateurs.
Ainsi, 30% des utilisateurs les plus actifs, redistribuent 70% des revenus, ce qui constitue une certaine inégalité entre les utilisateurs. C’est pourquoi un nouveau modèle est en train de gagner en popularité : le User centric.

Avec ce système, chaque utilisateur distribue les revenus de son abonnement uniquement aux artistes qu’il écoute. Ainsi on va diviser son abonnement par son nombre d’écoutes, et le redistribuer au prorata des écoutes faites par cet utilisateur.

 

Pourquoi changer ?

De nombreux acteurs, Deezer en tête, poussent ce nouveau modèle, avec trois principaux arguments :

  • Améliorer la diversité musicale : en diminuant la surreprésentation du rap (genre le plus streamé par les utilisateurs) on laisserait émerger des genres comme le classique ou le rock.
  • Mieux rémunérer les artistes : en redistribuant plus d’argent aux petits artistes.
  • Éviter la triche : avec le système actuel, ceux qui achètent du stream (avec les « fermes à clic ») sont sur-représentés et vont prendre l’argent des autres artistes dans le pot commun.

Malheureusement, de nombreuses études ont été faites par différents acteurs (Deezer, Spotify, la SACEM) avec toujours des résultats très différents. La plupart des structures qui soutiennent la nouvelle méthode le font pour des raisons idéologiques mais s’interrogent voire s’inquiètent des conséquences financières.

Pour Deezer, son principal défenseur, c’est aussi un moyen de se démarquer des autres plateformes en se déclarant défenseur des intérêts des artistes.


Les conséquences de son adoption

Pour en savoir plus, le CNM (Le Centre Nationale de la Musique, équivalent du CNC mais dans la musique) a fait sa propre étude indépendante sur l’année 2019 en recalculant les redevances de Spotify et Deezer avec le modèle user centric.

On retiendra trois points importants :

  • Il y aura peu de répercussions pour les plus gros artistes : le top 10 va perdre 17,2% de son chiffre d’affaires soit presque 500.000€ par artiste et son label ! Pour les autres artistes, les hausses seront minimes, moins de 40€ annuel à partir du 1000ème plus gros artiste (en terme de nombre de stream).
  • Il n’y aura pas ou très peu d’impact sur la triche : Nous n’avons pas de chiffres mais on peut seulement s’attendre à une modification de la manière de tricher : Les tricheurs vont pirater les comptes des utilisateurs qui streament peu plutôt qu’acheter des faux streams. Même si en réalité les artistes trichent plus pour une question de visibilité (en étant dans les tops) que pour générer de l’argent.
  • Le rap serait le gros perdant : en annulant la sur-représentation des auditeurs très actifs (principalement les jeunes), le rap va connaître une baisse de 21% de son chiffre d’affaires, là où le classique va progresser de 24%.

Comme beaucoup d’acteurs, nous trouvons que sur le principe, l’user centric est plus juste pour les artistes. Même si l’impact est minime (excepté pour le Top 10 qui va en souffrir), il va sûrement renforcer certains artistes de niche qui avaient du mal à éclore.
Malheureusement l’impact pour le rap dans sa globalité sera énorme : Couper soudainement 20% de C.A à un secteur va avoir des conséquences dramatiques, contrairement à ce que pensent les autres genres de l’industrie. Il ne faut pas oublier que le streaming est une source particulièrement importante pour le rap, et qu’il faudra  accompagner ce changement si l’user centric est mis en place, en attendant que la croissance du prix des abonnements compense cette perte sèche de chiffre d’affaires.
Il reste maintenant à savoir si l’User Centric sera un jour adopté, pour cela il faudra  sûrement que tous les ayants-droits acceptent de changer de modèle. Cette étude devrait les aider à se décider.

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