4 stratégies intéressantes sur Booska-P

par Gabriel
31 octobre 2020

31 octobre 2005, ouvrait officiellement Booska-P.com, « Le site numéro 1 du rap français ». 15 ans plus tard, une éternité dans le business internet, Booska-P se revendique « média d’influence urbaine » et rivalise en audience avec les plus gros médias web français (de Konbini à Melty en passant par MinuteBuzz). Même si le site a bien changé, en devenant une entreprise reposant sur le social et le brand content, il a réussi à conserver son ADN rap français et continue à faire émerger des artistes.

S’il est impossible de définir de manière exhaustive tous les leviers ayant permis un tel succès, nous avons isolé 4 stratégies les plus intéressantes ayant, pour nous, contribué à ce succès.

 

 

Stratégie n°1 : Fin du site, début du média global

Pendant de nombreuses années Booska-P était avant tout un site internet. Les réseaux sociaux, à l’époque principalement Facebook et Twitter, n’avaient que pour vocation de renvoyer du trafic vers le site internet et même les vidéos étaient hébergées directement sur le site plutôt que sur YouTube. Ces énormes chiffres d’audiences (plusieurs millions de pages vues par mois), permettent de vendre des espaces publicitaires aux labels (majors et indépendants), pour financer l’activité.

Dans la deuxième moitié des années 2010, face à l’augmentation de l’utilisation des réseaux sociaux auprès de sa cible très jeune, Booska-P opère un premier virage risqué. Plutôt que de continuer à se définir comme un site, il pivote sur un modèle de « média global » où chaque plateforme de diffusion (réseaux sociaux, YouTube ou site) viennent faire monter la marque « Booska-P ». Ça se concrétise par la création de contenu directement à destination des réseaux sociaux, quitte à ne pas les monétiser directement.

Grâce à cette stratégie, les réseaux sociaux de Booska-P (jusqu’à alors à la traîne), explosent. Par exemple, , la chaîne YouTube de Booska-P est passé de 380k à 1,8M de octobre 2017 à 2020. Sur la même période le compte Instagram est passé de 250k abonnés à 1,8M. Aujourd’hui ces chiffres rivalisent avec des médias plus mainstream comme Konbini, MinuteBuzz, Melty ou Brut.

 

Stratégie n°2 : Chaine de Télé sur le web

Pour réussir ce virage social, Booska-P a pu compter sur sa production de vidéos, format de contenu préféré des milleniums. C’est déjà la vidéo qui avait permis à Booska-P de supplanter les anciens sites de rap axés sur l’écrit à son lancement. Pour sortir de la combinaison freestyles/interviews, Booska-P s’est inspiré des chaînes télévision, non pas en essayant de refaire de la TV sur internet, mais en reprenant leur logique de grilles d’émissions incarnées par différents animateurs.

Le média a proposé de nouveaux contenus, pour éviter de faire systématiquement les mêmes formats aux artistes à chaque sortie de projet. Une flopée d’émissions a été conçue pour créer une grille aussi complète que diversifiée : « Fif Story » (reportage où le fondateur vient sur l’histoire entre le média et les artistes), « WESH » (découverte de talents), « Dans la GOVA » (carpool karaoké français), « JDR » (journal hebdomadaire sur l’actualité rap), « Interview Carré » (interview longue pointue), « Shop Ça » et « Sappé Comme » (formats lifestyle).. Des formats courts, très viraux, sont venus compléter la grille : « Interview Réseaux », « Première fois »…

Dans la grande majorité ces contenus sont incarnés par des animateurs, chacun représentant sa propre sous-ligne éditoriale. Que ce soit Colombien axé sur la découverte de talents, Sarah sur le LifeStyle, Fif en tant qu’encyclopédie du rap, Thomas pour un traitement plus divertissant ou Raphael Da Cruz pour des contenus pointus. On retrouve aussi le même fonctionnement des chaînes TV, miser sur des visages auxquels va s’identifier le public et qui vont développer son affects pour ces « talents » en plus de celui pour le média. C’est le seul média pure player à suivre cette stratégie, là où les vidéos non-incarnées sont la norme.

 

Stratégie n°3 : De l’argent du rap à l’argent des multinationales

Ces deux virages, social et vidéo, ont surtout permis à Booska-P de pivoter de business model. De la vente d’espaces publicitaires sur le site aux maisons de disques, Booska-P est passé à la monétisation de son audience auprès des marques à travers des opérations spécialisées dites « Brand Content ».

Depuis 2 ou 3 ans, on peut retrouver sur Booska-P des opérations avec des marques variées : Nike, Puma, Oasis, Apple, Havana Club, Landr, Apple Music, Disney, Chipotle, Netflix, Lacoste,.. Souvent sous forme d’émissions créées sur mesures ou d’intégration dans des formats déjà existants. Ces budgets, probablement importants, ont permis de développer l’entreprise notamment en produisant de plus en plus de contenu faisant encore croitre l’audience (attirant ainsi de nouvelles marques).

En collaborant avec Booska-P les marques profitent d’une audience élevée et affinitaire, d’animateurs aux visages identifiés et surtout d’un ton et une légitimité sur l’urbain que le média a su conserver pendant sa transformation. Cette légitimité, recherchées par les marques, permet aussi aux média d’activer des artistes dans ces opérations.

 

Stratégie n°4 : La transparence comme crédo

La dernière stratégie ayant contribué au succès de Booska-P est sa communication auprès de son principal actif : sa communauté.

Tout ces changements, crescendo, ont été accompagnés d’explications de l’entreprise auprès de ses « fans ». Cette communication est d’abord passée par les réseaux sociaux et notamment l’interaction en commentaire sur YouTube et Instagram. En octobre 2018, deux formats vidéos ont été lancés, un ponctuel « Booska’Inside » et un mensuel « L’oeil de la rédac’ ». Dans le premier format, l’équipe de Booska-P raconte les coulisses de leurs projets ou émissions. Dans le second format, Amad Ba, le rédacteur en chef du site, fait le bilan chaque mois du développement du média, n’hésitant pas à parler des chiffres d’audiences, des opérations brand content, des équipes ou des difficultés rencontrées.

 

Cette transparence, a permis une meilleure appropriation de Booska-P et de son évolution par sa communauté. Elle l’a rendue de plus en plus réceptive aux nouveaux contenus éditoriaux (comme le prouve l’accueil de la partie lifestyle) ouvrant le champ des possibles du média qui arrive à conserver le soutien de son audience. Autre conséquence plus étonnante, on remarque que la communauté réagit très bien aux contenus « brand content », qui sont assumés par le média et qui riment avec moyens plus importants sur les contenus. On observe le même phénomène bienveillant sur les placements de produits de certains YouTubeurs (comme le Joueur du Grenier ou encore MCFly et Carlito) mais très rarement chez les médias classiques.

 

Il est difficile de résumer la réussite et la transformation d’un média âgé de 15 ans en quatre stratégies. Mais ce que l’on peut retenir, c’est que le « site lancé par 3 passionnés pour le plaisir » est devenu aujourd’hui, notamment pour sa communauté, un symbole de réussite dans l’entrepreneuriat urbain.

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