4 stratégies intéressantes sur « Validé »

par Florian
29 septembre 2021

La première saison de « Validé » c’est 20 millions de visionnages en quelques semaines, un BO certifiée or en 4 mois, des acteurs encore « jeunes rappeurs » dont les morceaux squatteront les charts pendant des mois. La série, à laquelle presque personne ne croyait, s’est avérée être un réel « phénomène » marquant l’année 2020 du rap français. Elle revient pour une deuxième saison en octobre 2021, toujours signée Franck Gastambide, l’occasion de décrypter les raisons de l’engouement qu’elle a suscité.

S’il est impossible de définir de manière exhaustive tous les leviers ayant permis un tel succès, nous avons isolé les 4 stratégies les plus intéressantes ayant, selon nous, contribué à ce succès.

 

Stratégie n°1 : Merci le confinement

 

La meilleure stratégie autour du lancement de Validé est un hasard du calendrier, elle est sortie le 20 mars 2020, soit 3 jours après la mise en place du confinement en France. Cette mesure dévastatrice pour l’économie a fait quelques heureux, notamment parmi les plateformes de streaming vidéo (+45% d’utilisateurs entre mars et juillet 2020). Cloîtré chez soi, avec pour seule distraction le visionnage de vidéos (sur internet ou à la télé) et les réseaux sociaux (même la consommation de musique a chutée), les planètes se sont alignées pour que la sortie de Validé soit un succès.

Difficile de savoir ce qu’aurait été l’accueil de Validé sans ce facteur externe imprévisible ! On apprendra d’ailleurs quelques mois plus tard que Cyril Hanouna serait venu en aide à son ami Franck pour convaincre les équipes de la « Création Originale » de Canal d’aller au bout de ce projet malgré leurs réticences (« Une série sur le rap, ça ne marchera jamais ! »). Le choix de la diffusion uniquement en digital (sur MyCanal, le Netflix maison), conséquences probables de ces réticences, s’est avéré être une aubaine en cette période particulière.

Stratégie n°2 : : Validé par la famille rap français 

 

Faire une série sur le rap français est un pari ambitieux tellement il est difficile de faire consensus dans le milieu. Malgré quelques réfractaires qui ont critiqués la série (Booba en tête, il fallait s’y attendre), la majorité de la famille du rap français a soutenu le projet, voire y a activement participé en y jouant un rôle. 

Franck Gastambide a réussi à convaincre de vrais rappeurs de passer devant sa caméra, soit en tant qu’acteurs (comme Bosh, Sam’s, Hatik), soit pour y faire une apparition et jouer « leurs propres rôles » (Ninho, Lacrim, Rim’K, Take A Mic, Rémy, Kool Shen, Soprano, Mister V, S.Pri Noir, Dry, Mac Tyer, Busta Flex, Gringe…). La particularité de ce casting n’est pas tant le nombre de rappeurs présents mais plus le fait qu’il recouvre presque toutes les générations et styles de rap, chacun peut y retrouver son rappeur préféré. On retrouve même d’autres « acteurs » du milieu, que ce soit des médias (Konbini ou encore Fif et Booska-P) et autres guests (Camille Lelouche, Just Riadh…). 

Ce casting XXL a beaucoup joué dans la légitimité de la série auprès des fans, l’apparition des rappeurs faisant office de validation. C’était aussi un magnifique relais de promotion, déjà parce que les participants ont relayés auprès de leurs communautés respectives (de plusieurs millions d’abonnés pour certains), mais aussi car ces apparitions ont beaucoup été reprises par les médias.  

 

 

Stratégie n°3 : Des acteurs qui servent la série et inversement 

 

La troisième stratégie intéressante dans cette première saison est le choix des acteurs des deux rôles principaux que son Clément et Karnage, respectivement joué par de vrais rappeurs Hatik et Bosh. Plutôt que de faire appel à des acteurs professionnels, Franck Gastambide a préféré s’entourer de jeunes artistes, sûrement pour plus de réalisme (y compris dans l’aspect musical de leur rôle).

Au moment de la sortie, tous deux étaient des artistes connus des amateurs du genre mais encore assez confidentiels : Hatik avait sorti « Chaise Pliante » en 2019 et Bosh lui, avait sorti « Dos argenté » en 2018. L’impact de la série sur leur carrière va très rapidement se faire ressentir. 

Hatik sort une réédition de « Chaise Pliante » deux mois après la série : la mixtape est certifiée disque de platine en août 2020. En un an, le rappeur passera de 14 000 à 1,5M de vues par jour sur Youtube. Son morceau « Angela » (pourtant présent depuis un an dans sa mixtape) explosera après la sortie de la série pour finir par obtenir un single de diamant.
Quant à Bosh, il sort son nouvel album « Synkinisi » à une semaine d’intervalle de la sortie de Validé : l’album est certifié platine porté par un morceau devenu viral, « Djomb » lui aussi single de diamant.  

On a constaté un cercle vertueux autour de ce choix d’acteurs. Le succès de la série leur a permis d’exploser aux yeux du grand public, puis le succès phénoménal de leurs singles respectifs a donné à son tour de la visibilité à la série permettant de rester dans l’actualité pendant de longs mois.

 


Stratégie n°4 : Découvrir les coulisses d’un monde fantasmé

 

La dernière stratégie qui a permis le succès de Validé est d’avoir lever le voile sur une industrie de la musique qui intéresse énormément le public (preuve en est, l’intérêt pour les chiffres de ventes dans le rap ou dans une moindre mesure pour nos vidéos de vulgarisation). On retrouve un équivalent dans une autre série française à succès, « 10% », qui, elle, dévoile le fonctionnement d’une autre industrie culturelle : le cinéma. 

La série n’hésite pas à rentrer dans des aspects assez techniques comme le fonctionnement des avances et des contrats, mais aussi du rôle de la promotion, de l’achat de vues et de streams, la production de tournées, les showcases… Le spectateur a l’impression de comprendre les rouages d’une industrie qu’il ne pouvait jusqu’à alors que fantasmer. Pour ajouter au réalisme la plupart des scènes sont tournées dans des lieux reconnus (studios, bureaux de maisons de disques célèbres,..), les noms des sociétés sont très proches de la réalité, les personnages sont inspirés de personnalités existantes.

Globalement, la série répond à la curiosité du spectateur en dévoilant beaucoup de « off » de l’industrie et en s’inspirant de faits réels (le clash à Skyrock, l’achat de vues pour détruire un concurrent, les premiers projets aux financements douteux,…) qui viennent crédibiliser son propos. Certains oublieraient presque que l’on reste sur une fiction de divertissement et pas une enquête d’investigation. Cet accès inédit aux coulisses a plu autant au grand public ravis de découvrir les aspects les plus croustillants (principalement les clashs entre rappeurs et les histoires de gros sous saupoudrées de délinquance), qu’aux amateurs plus avertis qui se sont fait un plaisir de faire le lien avec leurs propres connaissances.

Ces différentes stratégies, réfléchies ou inopinées ont permis à la première saison de Validé d’atteindre un succès aussi phénoménal qu’inattendu.
Ce succès ouvre des portes puisque les plateformes et les chaînes veulent toutes leur projet urbain. Passé la surprise et la fraîcheur de la première saison, Franck Gastambide va-t-il réussir à réitérer l’exploit sur une deuxième saison et durablement installer le rap sur le petit écran ?  

 

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